Je joue / Je ne joue plus






V. et J. mes deux pestes favorites


Alors, vrai ou faux ? Ces larmes, en tous cas, ont leur vérité : elles coulent. Mais sur quoi ? Pourquoi ? Quelle douleur secrète, profonde ou superficielle ? Afin de mettre tout le monde d'accord, il faut postuler qu'avant toute chose, de lofteurs en colocataires, seule la vérité se donne en spectacle. Et oui : ici tout est vrai. Spectaculairement vrai. Par spectacle, j'entends bien sûr mise en scène, éventuellement fiction. Aussi, la question du vrai/faux, effectivement importe peu, puisqu'elle n'a pas de sens.

A dépêtrer ainsi le vrai du faux, on manquera inévitablement ce qui fait le principe de la TV réalité : en un mot, sa Règle du jeu. Car c'est bien d'un jeu qu'il s'agit. La question, de fait, est plutôt : joué ou pas joué ? A cela, nos voisins de lucarne ne cessent de répondre, tantôt dans la joie par l'affirmation (être au jeu signifie alors être aux autres), tantôt dans la triste négation des nerfs, du coeur, qui n'en peuvent plus. "Je ne joue plus !" ; "Pouce !" pleure Vanessa, hurle Jessyca. Jouer signifie aussi bien jouer le jeu social : lorsque la dénégation du jeu se fait entendre, c'est toujours, inversement, par une voix isolée, le verdict rendu de soi à soi.

Qui dit jeu dit embrayeur de fiction : nulle contradiction avec notre immuable principe de vérité. La vérité simplement se met en scène par le biais des règles imposées qui constituent le dispositif. Une narration, par le biais des rencontres, des échanges, est alors possible, quelque chose de vrai, à proprement parler, se joue, se met en branle. Jouer n'est en aucun cas tricher. Pas au sens enfantin du terme ( "c'est pour de faux", "on dirait que...") mais au sens d'un rapport de forces : on joue, on plaisante, on pleure, mais attention, au bout du compte, c'est toujours sérieux. S'il y a jeu, c'est qu'il y a enjeu. Toujours le même, ce fut le credo des lofteurs, c'est encore celui des colocs : être dans le même temps à soi et aux autres.

S.B.

Soirée du 23 avril

Soir裠du 23 avril

Un petit café ?




Où trouve-t-on ce très fameux endroit ? (je sais, c'est facile)

Lego Art





Ce que peuvent les insomniaques...


Ce trop sûr objet du désir





Scène magnifique, pêchée dans le compte-rendu d'hier : Gilles joue de la guitare, comme à son habitude. Il tourne sur lui-même, trop sûr objet du désir pour Jessyca, qui le regarde et s'extasie, ne peut s'empêcher, une fois de plus, d'évoquer tout haut ce qui la démange à son amie, allongée comme elle sur le sofa. Gilles tourne, tourne encore, comme un pur sextoy en vitrine, et l'on ne sait trop s'ils sont, lui et les filles, dans la même pièce. On opterait plutôt pour un montage parallèle qui rapprocherait deux espaces séparés. C'est tout le génie des Colocs, lorsque l'émission est prise en cours de diffusion : le passage d'un plan à l'autre, des filles aux garçons et vice-versa, ne permet pas toujours de savoir comment l'espace de la scène est réparti. Autrement dit, si la collure est poreuse, si, d'un plan à l'autre, la rencontre est possible. Ici, Jessyca regarde-t-elle Gilles à cinq, dix ou cent mètres ? A la limite, on peut même voir le plan de Gilles, mannequin de fortune en train de tourner sur lui-même, comme une image mentale, issue de l'imagination désirante de Jessyca. Ce n'est pas le cas, évidemment, magnifique paradoxe de la TV réalité : ce qui étonne, ce sont les procédés de fiction qu'elle produit.

S.B.

Pop icon




A ceux qui feraient leur profession de foi dans la pop culture, (ce qui devrait être le cas de tous les contempteurs de la "nouvelle chair"), il me semble que voici l'icône la plus absolue, parce que la plus hybride, laquelle dépasse et réalise plus d'un clivage. Black+White , homme + femme, artiste déormais enfermé dans sa propre image où, à la limite, chaque nouvelle appartition/transformation devient une performance, un pas de plus dans la carrière du chanteur. Jackson, c'est success story+ tragédie, cinéma (Thriller)+ télévision (sitcom permanente de sa vie médiatisée), image+musique (l'avènement du clip, au fond, c'est encore lui). Pop idol définitive, carrefour de tous les mélanges.

S.B.

Critique et mélanges (épisode 3)




Faire de la critique aujourd’hui, c’est prendre en compte le profil dissonant des pratiques culturelles, lui tendre un miroir : nous devons plus que jamais nous poster partout à la fois, à seule fin de ne rien manquer d’un processus d’hybridation permanent. Là est la difficulté, qui demande au critique une polyvalence certaine, sans parler, parfois, d’une réelle schizophrénie. Si l'on veut, par exemple, constater la perméabilité du cinéma au jeu vidéo, il faut accepter de quitter la sentinelle cinéma pour se plonger directement dans l’univers de son apparent frère ennemi, quitte à parler de cinéma de l’intérieur même de ce qui n’est pas lui. Là seront visibles des connections inédites, une manière de repenser, non pas seulement le jeu vidéo, mais également le cinéma lui-même (ce que nous avons tenté il y a deux étés, par un hors série « Cinéma et jeux vidéo » des Cahiers). Cette posture suppose aussi une absence d’a priori qui n’exclue pas, ensuite, l’émission d’un jugement. Difficile mise à plat (laquelle fragilise bien des certitudes), avant d’énoncer une nouvelle hiérarchie de valeurs. L’exemple de l’hybridation cinéma-jeu vidéo est sur ce point très éclairante. On voit bien le premier contresens : ce n’est pas comparable, parce que, dit-on, le cinéma est le lieu du retrait, de la réflexion, quand le jeu vidéo serait celui de l’interactivité. Réduites à ces deux définitions, bien réductrices, les deux parties de l’hybridation s’annulent l’une par rapport à l’autre et la font échouer. Retour à la case départ : bien commodes, les certitudes ont vite fait d’annuler la pensée. Si l’on constate au contraire que l’interactivité n’est qu’un leurre, la chose devient possible. Nulle coquetterie rhétorique, mais la conclusion d’un examen approfondi et surtout, d’une pratique assidue. Que l’on soit mauvais joueur ou très bon, aux deux extrémités du spectre, le constat est le même : l’interactivité est assez peu opératoire dans le premier cas, où il est possible de préférer quelque chose de plus contemplatif (on aura tout loisir, alors, d’envisager le jeu comme le lieu d’un retrait). Dans le second cas, tous les possibles du jeu, fussent-ils proches d’une infinie ivresse, ne sont rien d’autre que le dépli de maints scénarios, autant de calculs préétablis, rien que du déjà écrit. Quant au cinéma, à supposer son retrait, on aurait vite fait de passer à côté. Sans évoquer les nombreuses tentatives qui, de Resnais à Gus Van Sant en passant par Marker, les frères Dardenne ou Mc Tiernan, ont pu mettre en place des dispositifs empruntés tantôt à l’esthétique tantôt aux principes narratifs propres à l’univers du jeu vidéo, (ceux-là même qui sont dits « modernes », Resnais au premier chef), il n’est qu’à considérer la participation du spectateur comme l’élément déterminant de la modernité au cinéma. En d’autres termes, sa nécessaire interactivité.

A suivre : je répondrai prochainement au post d’OJ sur la pop culture, lieu de l’hybridation la plus échevelée, laquelle me semble à moi aussi un modèle, afin de repenser la fonction critique contemporaine.

S.B.

Trois jeunes parques




Adieu, pensais-je, MOI, mortelle soeur, mensonge...
Paul Valéry, La Jeune Parque

Edie, Nico, Zoé. In memoriam.

Ceci n'est pas une critique




Vincent Gallo, The Brown Bunny

Bien que d'ores et déjà membre de la très select "top list of the year", il ne m'appartient pas, sur ce blog (idéal carrefour de l'intime et du défoulement théorique) , d'en écrire la critique. Voilà bien l'objet parfait sur - et pour - lequel écrire en cet endroit, si on le considère (cet endroit) , comme le lieu exclusif d'un écriture de soi : à cette aune, Vincent se filme, se donne à voir en pâture, quoi de mal à cela. Quoi de mal, pour moi, à me raconter sur un blog, à espérer qu'un peu de pensée et d'émotion puisse à un moment ou un autre s'en dégager, quoi de mal, enfin, à ce que deux regards, qui tous deux aussi bien se montrent, finissent par se rencontrer : de fait, c'est ce qui doit arriver à maints spectateurs du film, droit dans les yeux du beau Vincent, aussi nus que lui, à bander pour Chloë (ou pour lui), à pleurer, à entendre le vent, à se perdre dans le cadre d'un film libre, oui, surtout libre : un film qui fait du sur-place et pourtant semble aller partout, un film doux et hardcore, un peu comme si, dans son Journal intime, Nanni Moretti se faisait d'un coup sucer par Jennifer Beals. Peu de films en vérité savent à ce point tutoyer leur spectateur. Lui montrer ce qu'il désire et ne se sait pas désirer. Tristesse humble du corps. The Brown Bunny est loin, très loin, de ce dont on pourrait accuser le personnage (car s'en est un, beaucoup de mes confrères semblent l'avoir oublié) : Bud s'appitoie sur lui-même pendant que Vincent, lui, fait un film. Des larmes, mais aussi du désir, de la vitesse, de la compassion, un morceau du monde arraché au ténèbres, entre Kerouac et My Own Private Idaho (GVS), un film que l'on aime comme un disque, condamné à repasser en boucle. Un film pour moi, et pour moi seul : ça ne se partage pas un film comme ça.

S.B.

Degrés (suite) : les improbables


Essayez maintenant celui-là (un seul degré les sépare... Bien que mon premier ait l'air sérieusement dubitatif quant à sa voisine).
Notes  1 - 10 /19