On ne l’aura pas vue grandir. Mais avait-on le temps, d’une transformation l’autre, jusqu’au récent cross-over de son dernier album avec Madonna (en direct - « Me Against The Music », ou en différé - « Brave New Girl », qu’on dirait chanté par l'égérie de Mirwais) ? S’il en était besoin, le clip-palimpseste de « Toxic » est là pour l’attester, entre Alias et Haute Voltige, où jamais la même, Britney peut paraître à la fois si sage et « so sex ». Mutante et en cela vraie star, elle tient cette ambivalence de ce qu’elle a gardé son visage d’ex-lolita du Mickey Mouse Club sur un corps fraîchement découvert de femme fatale : « (fr)agile et noble avec sa jambe de statue », ainsi la décrivait Baudelaire dans son manifeste rock prémonitoire : la bien nommée « Evil’s Flower », entre Alice version Gainsbourg et « Poison Ivy » SM, peut dans le même déhanchement se révéler brave ou dirty, sur le modèle éprouvé du clip de Ferrara pour Mylène Farmer (California). Elle n’est cependant jamais si belle que sur la pente de la tentation, « Brave New Girl » certes, mais dangereusement penchée. Alors la balance se met à tanguer, improbable dance-floor qui appelle aussitôt l’injonction chuchotée : « shake your ass », allons-y. En vrai, Britney n’est disposée qu’à cela : balancer. Alors, princesse ou p… ? Ni l’une ni l’autre. Britney attend. Elle n’est jamais que nue, définitivement nue. Un corps qui reste à habiller, un patron de vêtement pour Barbie. Dès lors habillée de fringues ou de musique, peu importe. C’est le secret de l’icône pop, quart d’heure de gloire transformé en éternité ; être de tous les univers, apte à toutes les métamorphoses, elle n’est vraie que nue, pur fantasme alors, où la musique ne fait que glisser, fusse génialement, sur une vérité qui ne se donnera jamais. Prude écran de nos histoires projetées sur elle en tourbillon de lasers, un peu freak, toujours fake, de chair et de plastique. Lorsqu’elle essaie de déchirer le voile pour un « Outrageous » joliment arabisé, il ne reste qu’une ombre : « you’re only a shadow » se lamente-t-elle, et nous avec. Au vrai, on devrait plutôt se réjouir. Distante, oui, mais avec la promesse toujours réitérée d’une distance à parcourir. Car si tout est faux, on est quand même obligés d’y croire. Cela s’appelle la foi, ou l’amour, comme on veut.

S.B.