L’anecdote est reprise par le cinéaste Arnaud Des Pallières, dans Disneyland, mon vieux pays natal (2002) : une étudiante demande un jour à Philip K. Dick une définition de la réalité pour son mémoire de philosophie. Après avoir réfléchi, l’écrivain répond : « c’est ce qui reste lorsqu’on a cessé d’y croire ». Des Pallières se pose alors la question : que reste-t-il de Disneyland, lorsqu’on a cessé d’y croire ? La vérité qu’il trouve, cette enfance disparue dont les ombres dansent en plein soleil, ou sous un ciel lourd, parmi le petit peuple des monstres, ce réel qui reste lorsque l’artefact industriel a clairement montré ses rouages, n’a rien de bien concret. Voulant voir les choses telles quelles sont vraiment, le cinéaste débarque alors dans la fiction, parfum d’enfance mêlé de science-fiction, pages de Kipling, fables diverses, inquiétude lancinante de l’ennui qui chaque seconde s’approche du néant.

L’ennui qui m’étreint en ce dimanche après-midi, ennui de rien faire, ennui de l’envie qui n’est pas là, engluée dans la torpeur, m’a appelé à revoir le film de Des Pallières, suite à la lecture du post de J.S qui lui aussi, de province en souvenir d’enfance, traque une vérité qui se dérobe, appelle à considérer l’artefact sous un angle qui ne serait, pas moins que dans la nature bêtement offerte au regard, rien d’autre qu’une des modalités du réel. Mais si l’artefact est création quand la nature n’est que donnée, il demeure dans le faux, la copie, la reproduction, une trace. Bientôt une histoire, un dépôt de mémoire qui toujours en revient à la première hantise : mémoire de cet être-là de l’enfant, cette venue non préparée dans le flux du temps, souvenir de l’ennui devant l’opacité idiote du monde, qui appelait alors aux jeux, à faire quelque chose enfin, de ces objets sans vie que Disneyland, pour nous, pour eux, les enfants d’aujourd’hui et d’hier, remet chaque jour en scène au diapason de ces désirs qui sont la première prise de contact chez l’enfant avec la nécessité civilisatrice, transcendante de l’artefact, face à ce qui ne se comprend pas, et ne peut se comprendre.
Le présent pur de l’ennui semble le seul moyen d’accès au réel : il ne serait rien d’autre, alors, que le souvenir de l’inexistence pré-natale, ou, c’est tout comme, l’expérience anticipée de la mort à venir. Entre les deux, il convient d’appeler une autre réalité, laquelle, pour être effective, ne doit plus s’embarrasser de se confondre avec le virtuel. Rendue au réel de l’ennui, Disneyland vue par Des Pallières est simplement un artefact qui ne fonctionne pas. Il n’est plus à choisir entre réel et virtuel, mais entre différentes qualités d’artefact : par exemple l'Internet qui m'occupe à présent, et cette pensée modeste, directe, envoyée parmi les ondes, fragile sans doute ne n'avoir pas été suffisamment travaillée, mais qui me raccorche, toutefois, à la nécessité de trouver du sens, d'échapper à l'ennui de ce merdique dimanche après-midi.

S.B.