Ceci n'est pas une critique


Vincent Gallo, The Brown Bunny
Bien que d'ores et déjà membre de la très select "top list of the year", il ne m'appartient pas, sur ce blog (idéal carrefour de l'intime et du défoulement théorique) , d'en écrire la critique. Voilà bien l'objet parfait sur - et pour - lequel écrire en cet endroit, si on le considère (cet endroit) , comme le lieu exclusif d'un écriture de soi : à cette aune, Vincent se filme, se donne à voir en pâture, quoi de mal à cela. Quoi de mal, pour moi, à me raconter sur un blog, à espérer qu'un peu de pensée et d'émotion puisse à un moment ou un autre s'en dégager, quoi de mal, enfin, à ce que deux regards, qui tous deux aussi bien se montrent, finissent par se rencontrer : de fait, c'est ce qui doit arriver à maints spectateurs du film, droit dans les yeux du beau Vincent, aussi nus que lui, à bander pour Chloë (ou pour lui), à pleurer, à entendre le vent, à se perdre dans le cadre d'un film libre, oui, surtout libre : un film qui fait du sur-place et pourtant semble aller partout, un film doux et hardcore, un peu comme si, dans son Journal intime, Nanni Moretti se faisait d'un coup sucer par Jennifer Beals. Peu de films en vérité savent à ce point tutoyer leur spectateur. Lui montrer ce qu'il désire et ne se sait pas désirer. Tristesse humble du corps. The Brown Bunny est loin, très loin, de ce dont on pourrait accuser le personnage (car s'en est un, beaucoup de mes confrères semblent l'avoir oublié) : Bud s'appitoie sur lui-même pendant que Vincent, lui, fait un film. Des larmes, mais aussi du désir, de la vitesse, de la compassion, un morceau du monde arraché au ténèbres, entre Kerouac et My Own Private Idaho (GVS), un film que l'on aime comme un disque, condamné à repasser en boucle. Un film pour moi, et pour moi seul : ça ne se partage pas un film comme ça.
S.B.


