V. et J. mes deux pestes favorites


Alors, vrai ou faux ? Ces larmes, en tous cas, ont leur vérité : elles coulent. Mais sur quoi ? Pourquoi ? Quelle douleur secrète, profonde ou superficielle ? Afin de mettre tout le monde d'accord, il faut postuler qu'avant toute chose, de lofteurs en colocataires, seule la vérité se donne en spectacle. Et oui : ici tout est vrai. Spectaculairement vrai. Par spectacle, j'entends bien sûr mise en scène, éventuellement fiction. Aussi, la question du vrai/faux, effectivement importe peu, puisqu'elle n'a pas de sens.

A dépêtrer ainsi le vrai du faux, on manquera inévitablement ce qui fait le principe de la TV réalité : en un mot, sa Règle du jeu. Car c'est bien d'un jeu qu'il s'agit. La question, de fait, est plutôt : joué ou pas joué ? A cela, nos voisins de lucarne ne cessent de répondre, tantôt dans la joie par l'affirmation (être au jeu signifie alors être aux autres), tantôt dans la triste négation des nerfs, du coeur, qui n'en peuvent plus. "Je ne joue plus !" ; "Pouce !" pleure Vanessa, hurle Jessyca. Jouer signifie aussi bien jouer le jeu social : lorsque la dénégation du jeu se fait entendre, c'est toujours, inversement, par une voix isolée, le verdict rendu de soi à soi.

Qui dit jeu dit embrayeur de fiction : nulle contradiction avec notre immuable principe de vérité. La vérité simplement se met en scène par le biais des règles imposées qui constituent le dispositif. Une narration, par le biais des rencontres, des échanges, est alors possible, quelque chose de vrai, à proprement parler, se joue, se met en branle. Jouer n'est en aucun cas tricher. Pas au sens enfantin du terme ( "c'est pour de faux", "on dirait que...") mais au sens d'un rapport de forces : on joue, on plaisante, on pleure, mais attention, au bout du compte, c'est toujours sérieux. S'il y a jeu, c'est qu'il y a enjeu. Toujours le même, ce fut le credo des lofteurs, c'est encore celui des colocs : être dans le même temps à soi et aux autres.

S.B.