Ray Charles, chose curieuse, semblait mort depuis longtemps : c'est le propre des icônes emmurées encore vivantes. Déjà mort, autant dire vivant à tout jamais. Le visage sans regard de Ray Charles vieillissait moins qu'il ne se fixait à jamais dans une éternelle pose extatique. Le visage avant la voix : l'image sera toujours prépondérante parce que, sans doute, l'homme est passé dans l'au-delà de cette image, dans l'icône, le monde éminemment pop de la métonymie. Ray Charles, c'est une paire de lunettes, un sourire. Et ces lunettes, ce point aveugle et central de l'image, le gouffre sans fond où s'inventent les légendes.

S.B.