24 Heures chrono, saison 3

D'où vient que la déception, celle qui nous cueille dès le début de la 3ème saison du marathon 24 Heures, nous semble, au fond, inévitable? Sans doute, elle est proportionnelle au tour de force des deux précédentes. Joies enfantines de la vitesse dans la 1ère, qui lance son sprint dès le départ, engage l'Amérique avec elle, ni plus ni moins, et concentre, en une fois, tout ce qui fait la grandeur d'un cinéma à nul autre pareil : art de la vitesse, justement, manière de raconter une (des) histoire(s) et, ne sachant faire que ça, le faire mieux que personne ; en multiplier, au même moment, les différentes pistes, toutes données au spectateur (à peu près) en même temps. C'est dans cet "à peu près" que se joue d'abord l'originalité de la série. Une manière de linéarité biaisée, lors même que l'usage du montage parallèle, associé au split-screen, n'est qu'un leurre. Une simple mise à plat dans la distribution des plans, qui cependant se suivent chronologiquement, là-dessus, le titre ne ment pas. Une fois le code esthétique mis en place, le programme doit tourner en rond ; à la série de faire croire, alors, que le spectateur se trouve au coeur d'un vortex, alors qu'il ne fait, depuis le début, que suivre avec maints personnages l'autoroute d'un scénario qui a beau se dérouler apparement en spirale, n'est jamais à l'arrivée que le dépli d'une ligne. Aussi, les quelques subtilités de mise en scène ne sont pas le fait d'un super-auteur omniscient ; plutôt la fabuleuse organisation d'un staff impeccable.

Après cela, que faire ? Ce que l'Amérique sait faire, là encore, mieux que personne. Recycler, aller plus vite, plus sombre, plus fort. La mise en place opérée, voir jusqu'où on peut aller : c'est bien le rôle d'une suite que de faire, a priori, oublier le premier opus (ou jet). Saison 2 : mission accomplie. C'est au troisième temps que ça se complique. Là, il faut faire autre.

Il manque à ce début de la 3ème saison de 24 Heures ce qui fait le génie d'une série comme Alias, sa petite soeur théorique, qui pose la question du changement de cap à tout bout de champ, autant dire, à tout bout de plan. Comment enchaîner veut dire: faire, dès que se peut, vaciller l'ensemble du récit sur ses propres fondations. Ce souci de montage, qui réunit ensemble images, affects et identités, 24 Heures n'a pu le faire sien qu'une fois pour toutes, charte à l'appui. C'est là qu'est le problème. Le temps réel, se "chantage au présent "qu'évoquait Daney à propos de la guerre du Golfe, impose une fois pris dans la fiction une lenteur de récit qu'aucune vitesse d'exécution ne peut véritablement effacer, une fois les habitudes prises par le spectateur. La boucle, vortex ou non, finit par se laisser voir, dès qu'un repère quelconque en vient à se répéter, à repasser, égal à lui-même, en dépit des différences de situation. Ce repère, personnage (Bauer, Almeida) ou figure, ne peut dès lors rien contre l'effet-métronome d'un éternel retour dans le champ, qui même déployé, en reste réduit à son rigide recommencement. Le techno-récit de 24 Heures, avec son beat ineffaçable, est condamné à l'évidement, pour donner à la seule figure droit de cité, perpétuelle installation. Installée, la série s'enferme dans le présent, quand Alias n'existe que sur la chaîne continue du temps.

S.B.