Un an... déjà?





Bon blog- anniversaire à Sandrine.... Et par la même occasion, je me rends compte que c'est aussi le mien aujourd'hui, jour pour jour. Merci à tous et à très bientôt donc, pour de nouvelles aventures...

S.B.

Clint Eastwood (Part I)



En attendant Million Dollar Baby, parcours d’une oeuvre essentielle.





Play Misty for me (Un frisson dans la nuit, 1971) :

Gag : en fait de thriller, premier film d’Eastwood sur le jazz. « Play Misty » (un tube d’Errol Gardner), ou l’injonction d’un cinéaste musicien déjà dans l’aisance la plus totale. Ici comptent évidemment plus les variations que la trame, une manière d’improvisation sur un canevas « Liaison fatale » avant l’heure ; au demeurant, un thriller magistral, réellement terrifiant le moment venu. Mais le moment sait se faire attendre. Attendre, au plus fort du thrill précisément, que le personnage incarné par le cinéaste (un programmateur radio dangereusement harcelé par une auditrice) soit revenu du festival de jazz de Monterey pour retourner à ses platines, à la fiction proprement dite. Géniale nonchalance, l’occasion pour Eastwood de prendre la tangente au mépris des conventions, et d’improviser au mitan du film un documentaire sur quelques musiciens toniques et leurs prestations live au beau milieu d’une intrigue interrompue ; s’arrêter de trembler, écouter un morceau, ne pas hésiter à casser le rythme en flux tendu pour lui en imposer un autre… Du grand art, et une manière très hospitalière au fond, de joindre l’agréable à l’utile.




High Plains Drifter (L’Homme des hautes plaines, 1973) :

Pendant baroque du minéral Pale Rider à venir, L’Homme des hautes plaines conjugue une orientation ouvertement fantastique (en v.o. du moins, la v.f. étant plus allusive), au sens du carnaval propre à Leone. Ici, les nains feront d’appréciables maires, les maisons seront repeintes en rouge et la petite ville de Lago, étrangement bercée par le cri des mouettes, rebaptisée « Hell » pour l’occasion. Rien de moins. L’Homme sans nom n’en finit plus de revenir, depuis les brouillards du lointain, fantôme bien sûr, c’est encore l’âge d’or du maniérisme post-mortem. Humour pince-sans-rire et parfum de mort, Eastwood passe le pont pour venir à notre rencontre. Et récupère le western transalpin pour le rendre à l’Amérique. Ici, on danse encore autour de la tombe. Plus tard, il faudra bien clore le chapitre et fermer le caveau pour de bon. Ce sera Impitoyable.





Breezy, 1973 :

Eastwood est encore jeune, et pourtant. S’il choisit William Holden pour ce rôle de quinquagénaire amoureux d’une adolescente, c’est qu’il sait déjà où il va… Scène d’angoisse magnifique au hammam, où Holden porte son corps déjà passé comme un poids intolérable. Ce qui étonne le plus, c’est que ce rapport à la vieillesse, plus subtilement cette volonté de traiter une histoire d’amour en adulte, soient déjà à l’oeuvre, à l’orée d’une filmographie dont il faut saluer ici l’extraordinaire et précoce maturité. Romantisme de franc-tireur (la scène du magasin, où les deux amants s’évertuent à contredire l’idée initiale de la vendeuse, à bien lui faire sentir qu’ils ne sont pas père et fille), manière de jouer l’amour comme résistance, subversion : Breezy semble mû par une réelle tendresse à l’endroit du rêve hippie incarné par son héroïne. Evident féminisme, et première vraie incursion dans le classicisme : la belle union de l’ado sentimentale et du vieux beau se double d’une autre fusion apparemment contre-nature, entre permanence « réactionnaire » de la forme et tranquille audace des sujets.

( To be continued...)

S.B.