Top Albums 2006













1. Future sex / Love sounds (JustinTimberlake)
2. The Eraser (Thom Yorke)
3. Gare au jaguarr (JoeyStarr)
4. Meds (Placebo)
5. First Impressions On Earth (The Strokes)
6. Rather Ripped (Sonic Youth)
7. Empire (Kasabian)
8. The Greatest (Cat Power)
9. La Forêt des mal-aimés (Pierre Lapointe)
10. Black Holes And Revelations (Muse)

L'art et la manière



Deer Woman de John Landis. Série Masters Of Horror.

Shyamalan, ça marche justement pour le côté mystique, réellement mystique, c’est-à-dire à prendre très au sérieux : ère du soupçon certes, mais in fine, être à jamais du côté de ceux qui savent raconter une histoire parce qu’au fond, ils y croient (Spielberg et les E.T., Tourneur et le surnaturel, Brisseau et le mal, Godard et l’Histoire, etc).

D’où que les américains, encore et toujours, etc. etc. (soient les plus forts malgré tout) : une histoire, ça doit être sexy (soit Rod Steiger dans Twilight Zone plutôt que Pierre Bellemarre), même et surtout si le mal absolu s’y cache derrière. Refrain connu, mais qui chaque fois se fait réentendre dans les veillées au coin du feu, qui ont trouvé dans le poste de télé leur lieu idéal, la continuation logique d’une tradition orale renouvelée ; c’est par son caractère fondamentalement domestique, que la télé s’est approprié ainsi le pouvoir de persuasion propre au conte, elle qui depuis La 4ème dimension ou autres Amazing Stories, s’emploie rituellement à vous faire peur avant le sommeil du juste.

Rien de bien révolutionnaire alors, dans la série Masters of Horror : surtout pas. Voyez le film de John Landis, une merveille de concision toute entière tenue par la croyance dans ce qu’il raconte. Le flic qui enquête peut s’amuser dans son lit à lancer plusieurs pistes narratives, Landis les mettre en image l’une après l’autre, et le flic de terminer chacune de ces propositions par un « c’est stupide », « c’est idiot » : il n’en demeure pas moins qu’il va bien lui falloir, et nous avec, croire en ce qu’il va vivre, au risque de flirter au plus près avec le scénario de série Z, cette fraîcheur du n’importe quoi inventé sur un bout de table qui ne tiendra que par les images. L’anti-scénario au fond : c’est ce qui plaît sans doute à Landis ou à son copain Joe Dante : sur l’air du "plus c’est con plus ça passe" (on est surtout pas des intellectuels, nous les « movie brats »), ça veut quand même dire : le cinéma (ou la télé dans le cas présent), se fiche bien de délivrer un message, ou de bien écrire son histoire (scénario). Ce qu’il veut, c’est d’abord la montrer : l’histoire importe moins que les moyens que nous allons mettre en œuvre pour que vous y rentriez, sans faire de manières.

Savoir qu’un enfant, en pareil cas, demande souvent la même histoire à ses parents au point de la connaître par cœur dit bien de quoi il s’agit : c’est chaque fois la manière qui emporte le morceau, qui fait le morceau. Et à se répéter ainsi, Hollywood (aujourd’hui les networks) fait valoir le seul conservatisme qui vaille, celui-là même qui saura fonder, à la longue, une mythologie, c’est-à-dire un imaginaire.

Pour qu’il y ait des images, il faut toujours qu’il y ait un imaginaire.

Landis, donc, soit Deer Woman : une histoire de créature moitié femme(en haut), moitié-biche (en bas), qui piétine les hommes qu’elles rencontre et séduit. Pas plus con ni plus nouveau du reste, que la femme-panthère de Cat People, auquel il est ici rendu hommage. Mais c’est cette permanence, d’aucuns diront cette persévérance, qui fait le prix de ce petit film, son prix moral du reste : le flic, prend soin d’interroger un serveur indien avant de passer à l’action. Il lui faut valider la légende indienne par sa source, l’installer dans l’Histoire en somme, pour lui donner ainsi tous les gages de son sérieux.

« Jadis, une femme très belle s’invitait aux fêtes données par la tribu, ses jambes cachées par une robe qui laissait pourtant voir tous les autres appâts ; des jambes puissantes aux sabots meurtriers ». Le film ne fait que ça, raconter cette histoire, mais il veut le faire du mieux possible, être bien sûr de ne pas faire fausse route avant de tout dévoiler à son tour, même si le spectateur a très bien compris depuis longtemps (en fait, il a déjà lu le titre). « Il faut être précis », ainsi le flic somme-t-il l’indien de donner plus de détails : « quatre ou deux pattes ? », « deux » répond l’indien.

Ce qui me plait peut-être le plus dans ce film, c’est ça : cette manière de s’assurer que ce qu’on va nous montrer est bien conforme à la lettre, cette même lettre qui est pourtant totalement arbitraire. Ce souci, en somme, de réalisme pourtant inventé autour d’une histoire improbable, laquelle, on vient de le voir, tient en deux lignes. C’est par là que Landis réinvestit un sérieux qui fait tous le sens de son histoire, et celle de sa mise en scène. Ce sérieux, il ne le perd jamais de vue, même lorsqu’il se montre potache, de là un talent assez rare, qu’il partage avec Dante : être capable de passer du rire à la peur le temps d’un travelling comme d’un changement de plan, alors même que son spectateur sait qu’il a affaire à un programme, une histoire mille fois racontée.

A la question





Voici un questionnaire trouvé sur Notre Musique, et qui semble avoir déjà pas mal tourné. Je le soumets ici à votre éventuel intérêt.

1) Quel est le dernier film que vous ayez vu en salle ou en DVD et pourquoi ?

In girum imus nocte et consumimur igni. Parce qu’on m’a offert le coffret. Parce que j’ai demandé qu’on me l’offre, n’ayant pas les moyens de me l’offrir, enfin parce que l’ayant vu trôner parmi les autres coffrets vendus à Noël sous étiquette « prix vert » en tête de gondole d’un certain magasin, j’ai trouvé ça drôle. Parce que Debord est drôle.

2) Citez le cinéaste dont vous attendez le plus du prochain travail et donnez un exemple de ce qu’il fait de mieux :

Belle de jour 2 de Manoel De Oliveira. Je n’en connais pas le titre exact. Celui-là me plait bien de toute façon. Ce qu’il a fait de mieux ? Peut-être Un film parlé, en fin de compte. En tout cas ce qu’il a fait de plus terrible et de plus lumineux à la fois.

3) Citez le moment d'un film qui vous a fait sursauter (horreur, surprise, révélation…) :

Des filles se filment en DV infra-rouge au fond d’une grotte. Là apparaît, au fond du plan et comme par hasard, une créature albinos et dentue de la plus répugnante apparence. Dommage que le cinéaste n’ai pas eu assez confiance en son plan pour y rajouter ainsi un effet sonore. Rien que de très banal, on parlera d’efficacité primaire : je sursaute très souvent au cinéma (le film : The Descent de Neil Marshall).

4) Votre film préféré à propos du cinéma :

Palombella Rossa, de Nanni Moretti.

5) Votre film préféré de Fritz Lang

L’Invraisemblable vérité.

6) Décrivez la première fois où vous vous êtes reconnu dans un film.

C’était Les Aventures de Robin Des Bois de Michael Curtiz. J’étais Errol Flynn. Depuis, j’ai regardé la vérité en face. En attendant, j’ai su alors que le cinéma me regardait et j’avais envie de lui plaire.

7) Carole Bouquet ou Angela Molina ?

Plutôt Bouquet.

8) Citez un film qui rachète la notion de nostalgie au-delà d’une facilité commerciale.

She Wore A Yellow Ribbon

9) Quelle est votre apparition préférée d’un sportif dans un rôle joué ?

Dominique Rocheteau dans Le Garçu.

10) Citez les titres du premier double programme que vous diffuserez pour l’inauguration de votre propre salle art et essais.

Two-Lane Blacktop de Monte Hellman et Elle a passé tant d’heures sous les sunlights de Philippe Garrel

11) Quel serait le nom de cette salle ?

Le Ciné-Palace


12) Humphrey Bogart ou Elliot Gould ?

Elliot Gould, pour Le Privé

13) Décrivez votre passage favori dans un film qui soit mémorable pour son utilisation du son.

Le passage dans l’obscurité du couloir de la maison au début de Lost Highway de David Lynch.

14) Votre film préféré de Paul Verhoeven.

Showgirls, sans doute aucun.

15) Pink Flamingos, oui ou non ?

Plutôt.

16) Votre BO favorite.

Vertigo de Bernard Herrmann

17) Fay Wray ou Naomi Watts ?

Naomi Watts (forever)

18) Y a t’il un film qui vous amènerait à questionner le jugement et/ou le goût d’un critique, blogueur ou ami s’il s’en faisait l’avocat ?

Plein. Encore heureux…

19) Créez une nouvelle catégorie pour les Oscars et citez son premier vainqueur.

L’oscar du meilleur acteur dans un rôle burlesque (Johnny Depp, Ben Stiller, et Owen Wilson sont en lice).

20) Qu’est-ce qui, pour vous, dans un film, est supérieur aux autres formes artistiques ?

Son art de la durée. Son impureté foncière.

21) Peter Ustinov ou Albert Finney ?

Finney bien sûr.

22) Quel est votre logo de studio favori, tel qu’il apparaît avant les films ?

J’aime surtout la manière dont le logo de la Warner est souvent détourné par les cinéastes.

23) Citez le livre sur le cinéma le plus important pour vous.

Difficile. Obligé d’en donner au moins deux : L’Exercice… de Daney et Qu’est-ce qu’un cinéaste ? de Biette.

24) Citez le film qui ait le meilleur retournement de situation final.

Woman In The Window (Lang).

25) Votre film préféré de François Truffaut.

La Peau douce.

26) Racontez votre plus mémorable rencontre avec une célébrité.

En entrant aux Cahiers (il faut savoir qu’il y a une marche pour pénétrer dans le hall), je me suis retrouvé le nez dans la poitrine d’Emmanuelle Béart. (Elle sent bon).

27) Quand avez-vous réalisé pour la première fois que les films étaient réalisés ?

En lisant le programme télé…