Deer Woman de John Landis. Série Masters Of Horror.
Shyamalan, ça marche justement pour le côté mystique,
réellement mystique, c’est-à-dire à prendre très au sérieux : ère du soupçon certes, mais in fine, être à jamais du côté de ceux qui savent raconter une histoire parce qu’au fond,
ils y croient (Spielberg et les E.T., Tourneur et le surnaturel, Brisseau et le mal, Godard et l’Histoire, etc).
D’où que les américains, encore et toujours, etc. etc. (soient les plus forts malgré tout) : une histoire, ça doit être
sexy (soit Rod Steiger dans
Twilight Zone plutôt que Pierre Bellemarre), même et surtout si le mal absolu s’y cache derrière. Refrain connu, mais qui chaque fois se fait réentendre dans les veillées au coin du feu, qui ont trouvé dans le poste de télé leur lieu idéal, la continuation logique d’une tradition orale renouvelée ; c’est par son caractère fondamentalement
domestique, que la télé s’est approprié ainsi le pouvoir de persuasion propre au conte, elle qui depuis
La 4ème dimension ou autres
Amazing Stories, s’emploie rituellement à vous faire peur avant le sommeil du juste.
Rien de bien révolutionnaire alors, dans la série
Masters of Horror : surtout pas. Voyez le film de John Landis, une merveille de concision toute entière tenue par la
croyance dans ce qu’il raconte. Le flic qui enquête peut s’amuser dans son lit à lancer plusieurs pistes narratives, Landis les mettre en image l’une après l’autre, et le flic de terminer chacune de ces propositions par un « c’est stupide », « c’est idiot » : il n’en demeure pas moins qu’il va bien lui falloir, et nous avec, croire en ce qu’il va vivre, au risque de flirter au plus près avec le scénario de série Z, cette fraîcheur du n’importe quoi inventé sur un bout de table qui ne tiendra que par les images. L’anti-scénario au fond : c’est ce qui plaît sans doute à Landis ou à son copain Joe Dante : sur l’air du "plus c’est con plus ça passe" (on est surtout pas des intellectuels, nous les « movie brats »), ça veut quand même dire : le cinéma (ou la télé dans le cas présent), se fiche bien de délivrer un message, ou de bien
écrire son histoire (scénario). Ce qu’il veut, c’est d’abord la
montrer : l’histoire importe moins que les moyens que nous allons mettre en œuvre pour que vous y rentriez, sans faire de manières.
Savoir qu’un enfant, en pareil cas, demande souvent la
même histoire à ses parents au point de la connaître par cœur dit bien de quoi il s’agit : c’est chaque fois la manière qui emporte le morceau, qui
fait le morceau. Et à se répéter ainsi, Hollywood (aujourd’hui les networks) fait valoir le seul conservatisme qui vaille, celui-là même qui saura fonder, à la longue, une mythologie, c’est-à-dire un imaginaire.
Pour qu’il y ait des
images, il faut toujours qu’il y ait un
imaginaire.
Landis, donc, soit
Deer Woman : une histoire de créature moitié femme(en haut), moitié-biche (en bas), qui piétine les hommes qu’elles rencontre et séduit. Pas plus con ni plus nouveau du reste, que la femme-panthère de
Cat People, auquel il est ici rendu hommage. Mais c’est cette permanence, d’aucuns diront cette
persévérance, qui fait le prix de ce petit film, son prix moral du reste : le flic, prend soin d’interroger un serveur indien avant de passer à l’action. Il lui faut valider la légende indienne par sa source, l’installer dans l’Histoire en somme, pour lui donner ainsi tous les gages de son sérieux.
« Jadis, une femme très belle s’invitait aux fêtes données par la tribu, ses jambes cachées par une robe qui laissait pourtant voir tous les autres appâts ; des jambes puissantes aux sabots meurtriers ». Le film ne fait que ça, raconter cette histoire, mais il veut le faire du mieux possible, être bien sûr de ne pas faire fausse route avant de tout dévoiler à son tour, même si le spectateur a très bien compris depuis longtemps (en fait, il a déjà lu le titre). « Il faut être précis », ainsi le flic somme-t-il l’indien de donner plus de détails : « quatre ou deux pattes ? », « deux » répond l’indien.
Ce qui me plait peut-être le plus dans ce film, c’est ça : cette manière de s’assurer que ce qu’on va nous montrer est bien conforme à la lettre, cette même lettre qui est pourtant totalement arbitraire. Ce souci, en somme, de
réalisme pourtant inventé autour d’une histoire improbable, laquelle, on vient de le voir, tient en deux lignes. C’est par là que Landis réinvestit un sérieux qui fait tous le sens de son histoire, et celle de sa mise en scène. Ce sérieux, il ne le perd jamais de vue, même lorsqu’il se montre potache, de là un talent assez rare, qu’il partage avec Dante : être capable de passer du rire à la peur le temps d’un travelling comme d’un changement de plan, alors même que son spectateur sait qu’il a affaire à un
programme, une histoire mille fois racontée.