Cannes où es-tu ?

Cannes vu d'ici...
Canal + au banc d'essai après cérémonie d'ouverture. Que s'est-il dit sur le premier plateau direct de Canal ? Que "Troie" était l'un des films les plus attendus (Weil). Que la sélection 2003 pouvait enfin se faire oublier : pourtant beaucoup plus radicale qu'on ne l'a dit, celle-ci avait seulement le défaut de n'être pas assez lisible aux yeux des professionnels de la profession. Pas glamour en somme. Mais quand le glamour revient, Canal + de retour devant le Martinez, on peine à s'entendre parler de cinéma, glamour ou pas. Bern n'y connait rien, Weil n'en peut plus de faire valoir son carnet d'adresse (désespérément inutile à toute élocution un peu éloquente sur ce qui se joue ici), Wizman trop dandy, trop ailleurs (ou alors en plein dedans, dans la télé et elle seule, mais c'est une autre question). Une autre question ? Posons-là, pourtant : ce que peut la TV, c'est seulement redoubler la mythologie cannoise, pour ceux qui n'y sont pas. Redoublement fashion d'un festival qui fait sans cesse refluer la marge (les stars, etc.) en son centre (le cinéma) et son centre vers la marge. Flux et reflux d'une messe chaque jour dite à heures fixes entre les salles et les marches qui mythologiquement, pour tout téléspectateur, ne peuvent conduire qu'à la salle, celle qui idéalement projeterait tous les films. Cette salle, celle de la sélection officelle, du Palais, regroupe imaginairement toutes les autres, disséminées dans le hors-champ d'une télévision qui ne peut quitter les marches (ou la plage afférente), sans perdre un peu d'elle-même, à moins de se retrouver en direct d'un cinéma qui hors les conférences de presse ne se dit pas. Parole de cadre fixe sur l'invité chaque fois brièvement interrogé, paroles découpées de la conférence du jour, citations diverses, rien n'est seulement dit de ce qui, dans l'ordre du bavardage, construit patiemment une atmosphère, un discours qui sans être celui du journaliste ou du critique, pourrait ainsi pris sur le vif par une caméra baladeuse, donner à voir autant qu'à entendre la température du festival. Dès lors, rêvons un peu, la télé et le cinéma seraient enfin face à face, dans la rue, entre deux files, deux séances, à se regarder, se jauger, l'une en phase avec la marge, l'autre qui discrètement laisserait entrevoir le centre.
S.B.


