Au nom du fils

Le cas Spielberg. Non plus un cas d'école, du genre premier de la classe. Moins "wonder", que "little" boy, désormais, "petit garçon" : logiquement, le cinéaste finit par faire corps avec celui qui a toujours été là. Il ne faut pas chercher la maturité chez lui, ça n'a jamais été son sujet. Ou ce qui revient au même : la maturité est là depuis toujours, c'est elle qui fait problème. Le principal souci de Spielberg, c'est qu'il vient après ; sa maturité est celle de sa mémoire. Trop de films vus, trop de "pères". Le cinéma est une pute, il couche avec tout le monde, et ne retrouve pas forcément ses petits. Parmi eux, Spielberg. Qui n’en peut plus de chercher après papa (Catch Me If You Can) ou maman (A.I.). Spielberg, c’est le triste cadet du cinéma des familles. Il le sait.
Une thèse au sujet-monstre (le recyclage dans le ciné U.S. des vingt dernières années), de quoi boire la tasse et rencontrer Spielberg au fond de l’eau pour lui piquer sa bouée : Minority Report, revu pour l’occasion. C’est quoi le film d’un cinéaste qui a grandi ? C’est ça. L’orphelin des images est devenu leur père à toutes. Du cinéma face au mur, essoufflé d’avoir couru trop vite. Un mur d’images qui se croisent, se recouvrent, des images molles et lointaines qu’il faut fouiller comme si on nageait dedans, les bras en croix sur l’autel d’une mémoire archivée comme un repaire de stèles. Et moi dans tout ça, joyeusement perdu, de regarder Spielberg, un père qui parmi les reflets du monde brasse de l’air pour retrouver la seule image qui compte, et qui évidemment manque : celle du fils. Dans son deuil amniotique, Minority Report élabore une féconde inquiétude qui préfère l’image en moins à celle de trop. Non plus l’image imposée (maniérisme), mais celle qui reste à conquérir, sinon à élire. Pour mieux lui ressembler.
S.B.



Commentaires