Du tout cuit

Jamais loin d'être grand sans cesser d'être bon, Michael Mann fait suffisamment confiance à son outil pour offrir ce qu'il sait le mieux faire. De la mise en scène. Il filme comme un DJ exalté reconverti au trip-hop. La caméra, c'est son truc. D'où que L.A, sur-filmée, se défile sans arrêt, que ses personnages (fais gaffe à tes marques, mec, tu jures avec le cadre) s'en trouvent tout raidis par la pose. Mann est un metteur en scène, un bon, mais jamais un cinéaste. Il lui manque ce qui le sépare de Melville, pour un sujet idoine : le sens du mythe. Delon, c'était ça : une statue, avec du mythe dedans, du mythe en creux, du mythe fantôme, du vide qui faisait écho au vent du monde. Pas la pose, non, la classe.
Mann s'en donne à coeur joie, avec un rien de métaphysique à la Borhinger (c'est beau, une ville la nuit). Le début est spendide, tout en recadrage inutiles, en vision à la fois panoptique et éclatée, mais rapidement, un problème se pose : s'il est bon dans la mise en place, il empêche constamment ses personnages de la quitter, leur place. L'empathie du chauffeur de taxi pour le tueur en mission et vice versa, on n'y croit pas. Parce que justement, on se dit depuis le début que tout est mis en scène. Collateral, puisque c'est de ça qu'il s'agit, est un film froid. Pas obsessionnellement froid, vertigineusement glacé, juste froid. Moins porté par un pseudo-fatum que par l'impossibilité d'imaginer même autre chose à ce qui va suivre. C'est tout vu. Tout visible, même, où le mystère et la nuit, éclairés pleins feux, viennent faire leur show en plongées délirantes et cadrages surentraînés. Mann est un pro. Il le sait. Pour lui comme pour nous, il sait que son film, c'est du tout cuit.
S.B.



Commentaires
"Il lui manque ce qui le sépare de Melville, pour un sujet idoine : le sens du mythe. Delon, c'était ça : une statue, avec du mythe dedans, du mythe en creux, du mythe fantôme, du vide qui faisait écho au vent du monde."
Sauf que Mann filme à partir de ce manque. Il sait que la ville (cette ville) n'est plus améne de produire de la mythologie. Cruise est un Delon vidé de sa substance, ne reste plus que des "regards sans point de vue", des reflets, des effets de surface.
M.Mann est un cinéaste en ce sens que sa mise en scène nous dit un état du monde.
Quant aux plans aveugles, à ces "regards sans point de vue" dont tu parles, ils sont un produit de montage, une manière de retrait dans un processus actif, interventionniste, de la part du metteur en scène. De fait, ils n'échappent en rien au contrôle, trop jolis pour être honnêtes, en somme. Leur manque une durée, peut-être, quelque chose qui les libère du reste.
Retour salutaire du stalker dans la Zone avec quelques
lignes acerbes sur Jacques Derrida, prétendument l'un
des plus grands philosophes encore vi...
Non, pardon, désormais mort et, hélas, pas près d'être
oublié... en tous les cas par les pseudo-journalistes
français qui, bien sûr, n'ont pas lu une traitre ligne
de ce tout autant pseudo-philosophe...
http://www.hautetfort.com/stalker/
Amitiés.
Le stalker
J'oubliais : il y a également, sur mon blog, un billet sur Collateral de Mann...