Emmerich vs. Moore

Surprise : le vrai "brûlot" alter-mondialiste ne serait pas le film de Michael Moore mais bien le dernier opus de Roland Emmerich, autrefois réputé pour ses fresques droitières bien à leur place au sein de l'empire Fox. On l'a vu hier et c'est un fait : la fresque écolo du champion toutes catégories du blockbuster facho réussit à faire froid dans le dos et s'avère porteur d'une charge politique redoutable : contraints de fuir la glaciation de l'hémisphère nord, les américains émigrent vers le sud pour voir la frontière du Mexique se fermer aussitôt. Les voilà clandestins. Les autres doivent faire de même : c'est le Tiers-Monde qui devient la seule puissance mondiale désormais viable... même avec de gros sabots, il est fort à parier que Le Jour d'après, qui tire à vue sur la Fox elle-même, soit stratégiquement à la meilleur place pour espérer trouver quelque efficacité...
S.B.



Commentaires
Un revirement total chez Emmerich qui fustige, l'air de rien, l'administartion Bush. Outre cette histoire de frontière avec le Mexique dont tu parles très bien (les américains deviennent des clandestins, des "wet backs" à leur tour !), le film est émaillé de signes anti-Bush. Il est fait mention de la conférence de Kyoto où Bush s'est distingué en refusant de prendre des mesures écologiques. Dans le film, alors que les tornades ravagent la Californie, le président arrive...coiffé d'une casquette de golf qu'il ôte, face à l'ampleur du désastre. On sait Bush, grand amateur de golf (Moore le montre d'ailleurs dans Farhenheit 9 11 jouant essentiellement au golf les premiers mois de son mandat).
D'autre part, l'action se situe principalement à N.Y, dans le Lower Manhattan, là où les deux tours se dressaient et où se trouve Wall Street. Ce choix de décor est d'autant moins innocent qu'une scène montre des "golden boys" arrogants achetant 200 dollars un chauffeur de bus pour fuir le quartier. Manque de pot, un mur d'eau les balaye ! La charge est on ne peut plus explicite. L'argent n'achète pas tout et ne constitue plus une valeur aux Etats-Unis, ébranlés après le 11 septembre.
Excuse-moi d'être si longue Sébastien, mais je n'en reviens toujours pas !
Amis bloggers, allez voir ça absolument !
D'après toi Sébastien, d'où vient ce changement de cap radical chez Emmerich ?
Enfin, l'avatar de Bush est sympathique et héroïque (il meurt même après être le dernier à partir de la maison blanche!). C'est plutôt Cheney qui en prend plein la gueule (avant de montrer qu'en fait, il est gentil, dans le fond).
La fin, avec le renoncement à la dette vis-à-vis du Mexique et le grand message de fraternité et de dépendance des pays du Nord vis à vis de leurs frères du Sud, est une manière de s'exorciser, de se dédouaner en se donnant bonne conscience, de se dire : "que dans les films, hein, coco !". Non ?
Dans le film, la Fox est le parangon de la vérité, la chaîne unique !
Le président est un fantoche, quelqu'un qui visiblement ne tient pas les rênes. Quant au vice-président, on ne peut douter de la charge portée contre lui, quand bien même il annule la dette du Mexique à la fin du film, finissant par comprendre son erreur : il faut y voir un souci de réalisme plus qu'une réhabilitation du personnage (stratégiquement, il est difficile pour lui de faire autrement).
Ce film est un ovni ! Merci encore d'avoir attiré notre attention dessus.
Voir aussi (j'en parle dans une note sur mon blog) comment Greenpeace a exploité l'événement : c'est troublant. Peut-être que la Fox ne voulait pas faire à tout prix un brulot altermondialiste (j'y coirs peu), mais les alter se saississent bien de cette opportunité fantastique (et le nombre d'émissions consacrées aux thèses du film leurs donnent de toute façon une résonance étonnante).