On The Road Again

Devil's rejects de Rob Zombie.
A la fois l'oeuvre la plus maniériste et la plus contemporaine de ce début de siècle : sous ses airs de série B, Devil's rejects, le film de Rob Zombie, s'impose sans difficulté comme le film d'horreur ultime de ces dix dernières années et de loin le plus intéressant de cette médiocre saison estivale.
Sans complexe aucun, le film rejoue avec fracas les grands mythes horrifiques des années 70 sans souffrir, à aucun moment, de venir « après ». Nulle tristesse maniériste, puisque chaque séquence, bardée de références toutes amplement explicites, ne fait que remettre à plat les questions posées par ce cinéma d’extrême violence, en proie à la plus actuelle (alors) des contestations. Si bien que le film fonctionne comme un objet contemporain : sa trame, qui reprend d’abord celle de Massacre à la tronçonneuse, cherche ensuite à rejouer La Dernière maison sur la gauche, sombre navet de Wes Craven ; on se souvient que dans ce film, une bande de voyous violaient et tuaient deux jeunes filles avant d’être consciencieusement massacrés par les parents de l’un d’elles. Le film ne fonctionnait pas, d’abord parce que ceux-là gardaient l’assurance bête de leur statut de bourreaux, leur monstruosité, même devant le déchaînement barbare de la vengeance, elle-même délestée de son poids d’horreur par un second degré humoristique (déjà) qui renvoyait le film à une vraie bêtise. Au lieu d’y réfléchir, les rednecks de bonne famille pouvaient alors applaudir des deux mains et cautionner le massacre en forme de défouloir, à l’image, dans ces mêmes années, de maints films d’auto-défense nauséeux à souhait. On sait bien que là n’était pas le propos de Craven, d’où son ratage inévitable.
Ici, c’est à travers un référentiel, un hommage on ne peut plus sérieux sur le fond (sinon sur la forme, qui cultive le même type, non de second degré désastreux mais au contraire d’humour noir et malaisant, que des films comme Massacre), que Zombie retrouve la possibilité de faire fonctionner, a posteriori, le film de Craven : sa famille de dégénérés ultra-violents comprend une jeune femme, nymphette blonde et sanguinaire, interprétée par la propre épouse du cinéaste à la ville. C’est par elle, son ambiguïté (belle et folle à la fois) que le film va trouver sa voie et faire basculer les membres de la famille du statut de bourreaux à celui de victimes (réelles, cette fois) : un flic tout aussi sanguinaire finit par les retrouver, les séquestrer, et leur fait subir les pires sévices avant de s’en prendre à la jeune femme, cette fois filmée comme une vierge effarouchée, sans que l’on sache plus très bien quoi penser d’elle. En filmant un cliché (une jeune fille blonde poursuivie par un maniaque) Zombie joue la carte du double-fond : le maniaque est un flic assoiffé de vengeance, la blonde une hystérique nymphomane et peut-être cannibale… On comprend à travers elle que cette famille de malade est on ne peut plus soudée, que chacun de ses membres a du respect et de l'amour pour les autres, en particulier le père et la fille, que cet amour n’en est pas moins vrai, rendant in extremis leur humanité à ses personnages. Le cinéaste va même jusqu'à leur offrir une sortie de route en héros, une mise à mort mythologique (qui rejoue la fusillade finale de Bonnie and Clyde). En cumulant sérieux de l’entreprise et référentiel suffisamment subtil pour jouer des apparences et des codes, bref en jouant l’hommage à fond, Rob Zombie a peut-être enfin donné là le film d’horreur qu’on attendait plus.
S.B.



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