La tristesse durera toujours
Zodiac de David Fincher.
Imaginez un long, très long épisode de Cold Case qui n’aboutirait à rien, qui d’une heure habituellement ramassée ferait le double, installerait contre ses spectateurs un ennui tel que son sujet même, le fameux Zodiac qui a déjà inspiré le premier Inspecteur Harry, serait au final un pur prétexte, un « mcguffin » étendu à la totalité du film. Ça donne Zodiac, le dernier film de David Fincher, qui prend ainsi le contre-pied absolu des précédents. Zodiac, c’est l’anti-Seven : une manière de se débarrasser progressivement du serial-killer, pour ne garder que la hantise, celle que vont incarner tour à tour différents personnages au cours d’une enquête en sur-place. Magnifiques, ces personnages : qu’ils soient journalistes ou flics, ils voudraient bien, tous autant qu’ils sont, être celui qui fera tomber le masque du tueur ; mais voilà, Fincher leur oppose moins des faits réels (le film est « tiré d’une histoire vraie » comme on dit) qu’un principe de réalité qui contamine tout, interdit au film d’avancer sinon dans le temps, aux personnages d’espérer quoi que ce soit. Ici, on imprime des procès-verbaux, surtout pas la légende. Un manière, donc, de tourner absolument le dos au mythe, de faire valoir le réalisme comme temps-glu, durée toutefois travaillée à coup d’ellipses qui ne font qu’éloigner les personnages de leurs objectifs. Ce sens assez impressionnant de la durée permet justement de laisser progressivement dans l’ombre les temps forts pour ne s’intéresser qu’au quotidien, au réel poisseux d’une existence promise à la seule paperasse, au point de faire de Zodiac une fresque sur l’administration américaine autant que sur le temps qui passe : un film sur l’échec aussi, bien plus noir dans son obsession sans résultat que ne l’était finalement Seven, si bêtement démonstratif dans ses effets, quand il suffit de prendre le spectateur à revers, de lui promettre un film qu’il ne verra jamais, lui qui attend une synthèse et se retrouve avec cet objet sans réelle aspérité apparente, parfois très ennuyeux, et finalement d’une tristesse incroyable : position très courageuse au demeurant, qui pourrait ressembler à un suicide commercial, n’était la popularité de l’histoire auprès du seul public américain. Faut-il être pervers alors, pour aimer cela sans réserve ? Sans doute un peu. Mais il est suffisamment rare qu’un film hollywoodien s’attelle à ce degré de réalisme, tourne ainsi le dos à toute volonté spectaculaire pour ne pas, décidément, saluer en Fincher autre chose qu’un petit malin.




Commentaires
Je ne vais sans doute pas résister à le voir une troisième fois... voir jusqu'où tient ma perversité.
Les partis pris forts c'est bien, mais dans ce cas là il ne faut pas chercher à doser pour contenter tout le monde.