La cerise sur le ghetto
L’un s’appelle Wikus, l’autre Chrisopher. L’un est humain, l’autre alien. Qu’un alien se prénomme Christopher tandis qu’un humain s’appelle Wikus n’est pas ce qu’il y a de plus étonnant dans District 9.
C’est donc par un transfert de noms que le film de Neil Blomkamp dépasse de loin son intelligence synthétique de petit brûlot politique violent et bien vu qui recycle à l’envi des problématiques déjà traitées par le passé : le côté pile de la démocratie va-t-en guerre (Verhoeven : Starship Troopers), la métaphysique du « qui suis-je ? » transformée en « mais qu’est-ce que je vais devenir ? » (Cronenberg : La Mouche) , l’humanité face à son fantôme aperçu dans l’altérité (chez les zombies de Romero : Dawn Of The Dead). Mais si l’humanité en fuite ne réside plus qu’à l’état de trace chez les cinéastes susmentionnés (les Barbie et Ken de Verhoeven ne sont déjà plus que des images, le fly-man n’a droit qu’à un ultime sursaut de lucidité, et les zombies de Romero ne savent plus faire les courses), elle se retrouve ici dans un devenir-alien. Wikus, agent (pistonné) du gouvernement est en charge d’évacuer le « district 9 », sorte de Sangatte pour aliens basé à Johannesburg, où trône dans le ciel sud-africain un gigantesque vaisseau qui depuis vingt ans n’est jamais reparti. Sont parquées là les « crevettes », surnom donné aux aliens qui partagent leurs taudis en compagnie de bandes armées venues du Niger. Ils se nourrissent de pâté pour chat mais parlent l’anglais avec aisance eut égard aux mandibules qui produisent un bruit de gorge déplaisant chaque fois qu’ils parlent. District 9 recycle là-dessus le film de Cronenberg en faisant de Wikus la victime d’une métamorphose progressive : le devenir-alien passe par lui, et bien évidemment c’est à mesure qu’il devient l’autre que son humanité se fait jour. La chose est claire, néanmoins, le film va plus loin que ce que le pitch avance. C’est moins l’humanité retrouvée par le biais de l’autre (déjà vu) qui intéresse ici : c’est la mise à jour d’un plus petit dénominateur commun entre l’humain et son autre, quelque chose que l’on appelle humanité alors qu’elle s’incarne aussi bien dans l’alien (Christopher, donc : celui-ci a un fils, auquel il voue l’amour d’un père, il est vraisemblablement ingénieur, et ne veut pas autre chose que ce que tout E.T. demande depuis au moins 1982 : rentrer chez lui, de préférence après avoir passé un coup de fil, pour prévenir, sans doute, de ne pas l’attendre pour manger – on se souvient qu’E.T. mangeait du pâté pour chien -, et que si le périphérique en arrivant sur Alpha du Centaure n’est pas trop bouché, il sera là avant l’année prochaine). On l’appelle humanité par défaut, pourquoi pas « martianité » en ce cas, quelque chose au reste qui se dit également chez l’un et l’autre et que figure le transfert de noms : homme et alien se ressemblent à ce point dans leur émotivité qu’une réelle foi dans l’autre s’affirme ici. Au reste, on ne peut faire reproche au film de ne pas arriver à produire de l’autre pour n’offrir que du même : ce n’est pas un manque d’imagination, ni ne relève d’un inévitable ethnocentrisme, c’est d’abord parce que l’homme n’expérimente ici qu’une chose : accepter que ses émotions ne le définissent pas en tant qu’humain, et seulement alors accepter un devenir autre. Soit trouver dans l’autre assez de reconnaissable pour dénier à l’humanité ses prérogatives. La transformation de Wikus en alien le fait passer de la colère à l’acceptation lorsqu’il reconnaît chez Christopher des motivations qui sont aussi bien les siennes (retrouver son lieu comme son corps d’origine) et finit en voulant se retrouver par atteindre à l’altérité absolue. Le message est clair : lorsque l’on « intègre » un étranger dans un espace social donné, l’intégration n’est jamais unilatérale (ce que croient nos gouvernements majoritaires et la totalité des autres personnages). La logique commune voudrait que chacun décide de s’intégrer à l’autre s’il veut retrouver un peu de lui-même. Et si la partouze planétaire n’est qu’évoquée au cours d’un sujet sur la prostitution interraciale, c’est bien là une joyeuse orgie démocratique que promet l’horizon du film.
C’est donc par un transfert de noms que le film de Neil Blomkamp dépasse de loin son intelligence synthétique de petit brûlot politique violent et bien vu qui recycle à l’envi des problématiques déjà traitées par le passé : le côté pile de la démocratie va-t-en guerre (Verhoeven : Starship Troopers), la métaphysique du « qui suis-je ? » transformée en « mais qu’est-ce que je vais devenir ? » (Cronenberg : La Mouche) , l’humanité face à son fantôme aperçu dans l’altérité (chez les zombies de Romero : Dawn Of The Dead). Mais si l’humanité en fuite ne réside plus qu’à l’état de trace chez les cinéastes susmentionnés (les Barbie et Ken de Verhoeven ne sont déjà plus que des images, le fly-man n’a droit qu’à un ultime sursaut de lucidité, et les zombies de Romero ne savent plus faire les courses), elle se retrouve ici dans un devenir-alien. Wikus, agent (pistonné) du gouvernement est en charge d’évacuer le « district 9 », sorte de Sangatte pour aliens basé à Johannesburg, où trône dans le ciel sud-africain un gigantesque vaisseau qui depuis vingt ans n’est jamais reparti. Sont parquées là les « crevettes », surnom donné aux aliens qui partagent leurs taudis en compagnie de bandes armées venues du Niger. Ils se nourrissent de pâté pour chat mais parlent l’anglais avec aisance eut égard aux mandibules qui produisent un bruit de gorge déplaisant chaque fois qu’ils parlent. District 9 recycle là-dessus le film de Cronenberg en faisant de Wikus la victime d’une métamorphose progressive : le devenir-alien passe par lui, et bien évidemment c’est à mesure qu’il devient l’autre que son humanité se fait jour. La chose est claire, néanmoins, le film va plus loin que ce que le pitch avance. C’est moins l’humanité retrouvée par le biais de l’autre (déjà vu) qui intéresse ici : c’est la mise à jour d’un plus petit dénominateur commun entre l’humain et son autre, quelque chose que l’on appelle humanité alors qu’elle s’incarne aussi bien dans l’alien (Christopher, donc : celui-ci a un fils, auquel il voue l’amour d’un père, il est vraisemblablement ingénieur, et ne veut pas autre chose que ce que tout E.T. demande depuis au moins 1982 : rentrer chez lui, de préférence après avoir passé un coup de fil, pour prévenir, sans doute, de ne pas l’attendre pour manger – on se souvient qu’E.T. mangeait du pâté pour chien -, et que si le périphérique en arrivant sur Alpha du Centaure n’est pas trop bouché, il sera là avant l’année prochaine). On l’appelle humanité par défaut, pourquoi pas « martianité » en ce cas, quelque chose au reste qui se dit également chez l’un et l’autre et que figure le transfert de noms : homme et alien se ressemblent à ce point dans leur émotivité qu’une réelle foi dans l’autre s’affirme ici. Au reste, on ne peut faire reproche au film de ne pas arriver à produire de l’autre pour n’offrir que du même : ce n’est pas un manque d’imagination, ni ne relève d’un inévitable ethnocentrisme, c’est d’abord parce que l’homme n’expérimente ici qu’une chose : accepter que ses émotions ne le définissent pas en tant qu’humain, et seulement alors accepter un devenir autre. Soit trouver dans l’autre assez de reconnaissable pour dénier à l’humanité ses prérogatives. La transformation de Wikus en alien le fait passer de la colère à l’acceptation lorsqu’il reconnaît chez Christopher des motivations qui sont aussi bien les siennes (retrouver son lieu comme son corps d’origine) et finit en voulant se retrouver par atteindre à l’altérité absolue. Le message est clair : lorsque l’on « intègre » un étranger dans un espace social donné, l’intégration n’est jamais unilatérale (ce que croient nos gouvernements majoritaires et la totalité des autres personnages). La logique commune voudrait que chacun décide de s’intégrer à l’autre s’il veut retrouver un peu de lui-même. Et si la partouze planétaire n’est qu’évoquée au cours d’un sujet sur la prostitution interraciale, c’est bien là une joyeuse orgie démocratique que promet l’horizon du film.




Commentaires
- tu n'évoques jamais le film autrement que par son message. Et à dessein, sans doute, puisqu'il est tout à fait laid. Mais ça, à la limite... (ce n'est pas plus laid que, mettons, Bienvenue chez les ch'tis)
- c'est le scénario le moins bien écrit au monde, celui qui se contrefout le plus de toute question de vraisemblance. Mais ça, ça à la limite... (c'est aussi invraisemblable que, mettons, un jeu vidéo, et puisque c'est son horizon avoué, je le lui pardonne volontiers)
- pour en revenir au message, j'ai ressenti pour ma part un malaise. Dans toute la première partie, The Office-like, assez réussie, on a le point de vue méprisant des humains sur les aliens : ils pissent partout, mangent de la pâté pour chat, et surtout sont trop stupides pour utiliser leurs armes (alors qu'il suffit d'appuyer sur un bouton). Ce sont des ouvriers, nous dit-on, des ouvriers qui ont perdu leurs col-blancs. Bon, admettons. Le problème, c'est que le passage au point de vue omniscient dans la seconde partie (absolument pas problématisé) ne change pas grand chose à l'affaire : à part une poignée d'aliens un peu plus intelligents que la moyenne (dont Christopher, pur alibi), les autres demeurent des demeurés.
On reste donc dans la bonne vieille fiction de gauche, seulement ripolinée aux couleurs baveuses de la modernité geek (ouh ouh ouh, du First Person Shooter !) et faisant passer son gros message par le biais de la métaphore. On ne sort pas de la condescendance à l'égard de ceux qu'on est censé défendre. De ce point de vue, je ne vois pas de différence entre District 9 et, mettons, Louise-Michel. Le film aurait été réussi, à mon sens, s'il était parvenu à déjouer le point de vue surplombant des humains par sa mise en scène, et pas seulement par quelque astuces scénaristiques (tellement éculées en plus). Seul le dernier plan...