In Memoriam

Ray Charles, chose curieuse, semblait mort depuis longtemps : c'est le propre des icônes emmurées encore vivantes. Déjà mort, autant dire vivant à tout jamais. Le visage sans regard de Ray Charles vieillissait moins qu'il ne se fixait à jamais dans une éternelle pose extatique. Le visage avant la voix : l'image sera toujours prépondérante parce que, sans doute, l'homme est passé dans l'au-delà de cette image, dans l'icône, le monde éminemment pop de la métonymie. Ray Charles, c'est une paire de lunettes, un sourire. Et ces lunettes, ce point aveugle et central de l'image, le gouffre sans fond où s'inventent les légendes.
S.B.



Commentaires
La cécité de Charles est bien ce qui lui a permis de rentrer dans la légende, comme en atteste une bio que j'ai entendue sur France Culture. Il est le premier noir à avoir chanté de la musique populaire américaine, autrement dit de la country ! Il s'est frayé un chemin vers les étoiles, du fait de son handicap. Dans l'opinion publique, les chanteurs de jazz étaient assimilés à de redoutables coureurs de jupons. Parce que Charles était aveugle et affable (ce fameux sourire que tu évoques), il était le "brave gars" dont le capital sympathie n'a fait que croître.
Ses romances trottent dans ma tête...
tu reviens quand?