Gentleman Hitch

Hitch, expert en séduction (Andy Tennant, 2005)
Dans toute comédie sentimentale, la rencontre amoureuse s’affirme par maints détours : art de l’esquive, de la contrariété, prééminence d’un tiers (personnage ou situation) contre ce couple dont il faut retarder, pour qu’il y ait fiction, l’assomption finale. Mais si le tiers en question s’invente médiateur, si par son corps et sa parole à lui ce sont tous les couples potentiels qui se forment, alors Hitch vous offre, pour le prix d’un seul, autant de films sitôt commencés que déjà finis ; bref, ça va très vite. Il ne s’agit pas de contourner la règle, au contraire : Hitch (Will Smith) opère bien par la bande, par branchements successifs ; il invente clé en main les situations adéquates, scénarise à tout va pour autant de couples formés en trois temps, trois mouvements, soit trois dates (ou plans, ou scènes) nécessaires à ce que deux inconnus vivent heureux avec ou sans enfants. Règle de trois donc, mécanique virtuose de l’enchaînement, de l’embrayage qui permet au film d’aller où il veut, autant dire partout à la fois, enregistrant pour l’occasion tous ses possibles. Règne absolu du méta, Hitch s’impose sans difficulté apparente comme la comédie de l’année : ce discours de la méthode semble s’inventer à la seconde même où ses règles sont édictées, testées sur le champ, effarant laboratoire d’une narration speedée qui porte haut le corps et le verbe, avec la classe qu’il faut. Tout à la fois au centre et à la périphérie, acteur et metteur en scène, Hitch subit sa propre fiction qu’il soumet à celle des autres ; Will Smith regarde Hitch et Hitch se rêve en Will Smith : ce va-et-vient du personnage à son interprète ouvre le film sur sa brèche, et fait le jeu de sa permanente séduction. Semblable en apparence à l’effarante facilité qui préside aux prouesses de Gentleman Jim sur le ring de Raoul Walsh, Hitch mène pourtant moins la danse qu’il ne se laisse porter par elle ; les tactiques qu’il déploie en maître du jeu se retournent très vite contre lui, ainsi le hasard, contre lequel il ne peut rien : au reste, le voilà qui rate plus qu’il ne réussit. Autrement dit, c’est par la conjugaison du hasard et de la stratégie employée que la mécanique se mue en gag, le piège en ratage. Rater en stratège, réussir à se planter, tous les efforts ainsi conjugués dans ce but font évidemment le jeu du burlesque, sa règle à lui. Alors, l’expertise ainsi déployée ne vaut que pour son irrésistible envers, manière élégante de ne laisser personne sur le carreau.
S.B.
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Commentaires
Jouant aussi sur le registre du film noir, Match Point, le dernier Woody Allen, va venir fermer la danse de 2005 d'une bien jolie façon.
Tennant a "évolué" de Sweet Home Alabama à Hitch. C'est vraiment un film sur les date movies (ici, le hasard eclate la méthode). J'aime les scènes d'extérieur, Hitch et Sara (Eva Mendes) s'embrassent pour la premiere fois au milieu de la rue, par exemple. C'est très meilleur que le sentimentalisme low-key à la Linklater (Before the Sunset).
Merci