Scène magnifique, pêchée dans le compte-rendu d'hier : Gilles joue de la guitare, comme à son habitude. Il tourne sur lui-même, trop sûr objet du désir pour Jessyca, qui le regarde et s'extasie, ne peut s'empêcher, une fois de plus, d'évoquer tout haut ce qui la démange à son amie, allongée comme elle sur le sofa. Gilles tourne, tourne encore, comme un pur sextoy en vitrine, et l'on ne sait trop s'ils sont, lui et les filles, dans la même pièce. On opterait plutôt pour un montage parallèle qui rapprocherait deux espaces séparés. C'est tout le génie des Colocs, lorsque l'émission est prise en cours de diffusion : le passage d'un plan à l'autre, des filles aux garçons et vice-versa, ne permet pas toujours de savoir comment l'espace de la scène est réparti. Autrement dit, si la collure est poreuse, si, d'un plan à l'autre, la rencontre est possible. Ici, Jessyca regarde-t-elle Gilles à cinq, dix ou cent mètres ? A la limite, on peut même voir le plan de Gilles, mannequin de fortune en train de tourner sur lui-même, comme une image mentale, issue de l'imagination désirante de Jessyca. Ce n'est pas le cas, évidemment, magnifique paradoxe de la TV réalité : ce qui étonne, ce sont les procédés de fiction qu'elle produit.

S.B.