Et la gagnante est....

Nouvelle star sur M6, tous les jeudis à 20 H 50
Vous parler de Myriam… Bien sûr, elle est, comme on dit, « technique ». C’est une chanteuse « à voix », une tueuse. On l’a vue ce soir, rencontrer l’humoriste Frank Dubosc (ça ne le fait pas trop, je sais) : pourtant si femme, au bord d’être star (elle gagnera, c’est évident), au bord d’être belle, avec ce qu’il faut de naïveté gamine, de malice dans le regard en coin. Elle rencontre son idole aux yeux bleus, à l’humour beauf, et là il se passe quelque chose : Dubosc lui offre un pain au chocolat (on m’a offert une fois un pain au chocolat, je n’en suis moi-même pas revenu), et très classe, lui dit qu’avec la ligne qu’elle a, elle peut se le permettre. Dubosc cesse d’être beauf, son humour d’être nul, et l’on sait : elle le rend beau d’être secrètement amoureuse, elle lui donne ce qu’il attend, sa nature, son être, avant de s’offrir à son tour. Myriam est belle quand elle chante. Sa voix vibre, souveraine, elle dit voilà : je m’appelle Myriam, je vous aime, et je vous offre ce que je suis. Alors elle chante. Elle chante All By Myself, une chanson que j’adore (ça ne le fait pas trop, je sais), et devant elle il n’y a que la foule qui hurle, le jury qui pleure, l’évidence d’un don. Tout à coup, la petite fille angoissée relève la tête ; elle lance aux projecteurs le regard assuré de celle qui sait : il n’y a plus de modestie dans ce regard ; juste l’assurance d’avoir le talent qu’il faut, juste dans le ton et le port de tête, juste ce qu’elle est et que la télé transcende à présent. Myriam vous tend la voix et vous prend dans ses bras, elle vous aime de la regarder…
Peut-être que Myriam sera oubliée, elle fera un disque ou deux, sera la star d’un temps, d’une mode. Mais Myriam sera aussi, pour toujours, la « nouvelle star », la fille aux yeux bleus qui un jour a rempli le téléviseur d’une beauté discrète et nouvelle, de talent, bien sûr, mais surtout d’une présence unique. Une personne autant qu’un personnage. La première star qui n’a jamais dit autre chose, sur l’autel des plateaux : je chante mieux que vous, mais aussi je suis vous. Humaine…Bon, c’est décidé, on l’aime.
S.B.



Commentaires
A suivre, effectivement
le timbre chaud qui descend brillamment dans les graves, l'assurance brutale sur scène, presqu'animale, la transformation de l'ado bouclée, dorée en chanteuse soul
je suis accro moi aussi, vous l'aurez compris, et effrayé de son avenir, même si je crois que la magie de la nouvelle star c'est justement ce moment-là d'un jeudi à l'autre, de la rencontre, des retrouvailles rituelles, de la performance attendue et de son dépassement bouleversant, et limité
lh.
Beauté c'est moins sûr. C'est une affaire de goût donc peu discutable.
Mais effectivement la télé ne tient pas la durée, contrairement au cinéma qui n'est que durée (enfin je simplifie pour mon propos)
La question du temps si souvent soulevée par Daney à propos du cinéma et un peu du tennis.
D'ailleurs le zapping pourrait se rapprocher de l'échange de balle.
On cherche encore notre McEnroe de la télécommande...
Mais Philippe[s] a raison le principal problèmes de ces emissions c'est qu'ils ne chantent que de la merde, il est donc difficile de s'y attacher, si on a un peu de respect pour ses propres oreilles.
J'ai depuis le début de cette vogue du mal à croire que ces jeunes puissent s'éclater à chanter du Michel Sardou ou du Michel Berger, si même ils en connaissaient l'existence avant leur participation à ces émissions ou alors c'est à deséspérer de l'avenir de la musique...
Pour le reste, une voix n'est pas tout ; elle émane d'un visage, d'une posture. Ici, on ne juge pas simplement la performance vocale mais aussi et surtout la présence sur scène, autrement dit ce qui fait récit, ce qui permet à la télé, à partir de corps réels, d'inventer sa propre narration, où la question n'est pas tant le vrai ou le faux que ce qu'elle fait de ces corps, comment elle les transforme, les ramène à elle. C'est la grande révolution de la télé-réalité que d'imaginer, à partir de son propre dispositif, une nouvelle manière de raconter des histoires et donc d'impliquer le (télé)spectateur.